Aspirations

oscarwilde

Concours de nouvelles « Histoires courtes » by Etam – Thème : Moi en mieux

Dimanche, 19 heures.

La nuit commence à tomber, elle et sa lune qui pointe le bout de son nez, faisant s’en aller le soleil et son ciel aux couleurs bleutées tirant sur des couleurs agrumes et rosées. Je m’approche de mon bain, dont l’eau chaleureuse coule à flots et vient former une mousse onctueuse. Les bougies s’allument au contact de mes allumettes, j’enclenche la musique et prends mon verre de vin, un vrai cliché hollywoodien. Je laisse tomber le haut, le bas, les sous-vêtements et mon cerveau, il est temps de se détendre, il est temps d’entrer dans ce bain bouillant, il est temps de rêver.

Lundi matin.

8 heures du matin, un rayon de soleil se fraye un chemin à travers les rideaux bleu ciel et vient doucement caresser la peau de mon bras, tandis qu’une odeur de chocolat chaud vient chatouiller mon odorat. Je laisse entrouvrir un œil, puis un autre, et m’étire comme un chat, l’Homme est là. Il se tient debout près de la porte, dans une allure exquise et m’apportant des gourmandises.

– Comme je suis l’homme parfait, je t’apporte ton petit déjeuner au lit ! Tu devrais le signifier à tes amies lors de votre prochaine pyjama party !

– Tu es un amour, je n’y manquerai pas.

– Tu as donc rien que pour toi, du chocolat chaud, du jus d’orange fraîchement pressé, des viennoiseries, ta petite chatte Cléo pour te tenir compagnie, un homme pour te tenir chaud et… Et ! Surprise ! La première critique de ton livre dans un journal !

– Ma première critique ?! Oh mon Dieu ! Et dans le New York Times ?! Oh mon Dieu ! Je ne peux pas lire ça ! Je ne peux pas lire ça !

– Mais arrête de t’agiter comme ça, sauter sur le lit comme une folle ne t’aidera pas, crois-moi. Pourquoi tu ne peux pas le lire ?

– Mais parce qu’on ne sait jamais, et si ça ne plaît pas ? Et si ça ne prend pas ? J’y ai mis tellement de temps et d’énergie, de passion, à écrire pendant des nuits. Je serai tellement triste si personne n’aimait.

– Mais, mon amour, il y a déjà des personnes qui aiment. Moi j’aime, ta sœur aime, ta mère aime, ton père aime, ton frère aime, Lena aime, Joshua aime, ton éditeur aime ! Si les autres n’aiment pas, c’est qu’ils ne le comprennent pas.

– Je sais… Mais j’aimerai que tout le monde aime !

– Tu sais, il n’y a pas beaucoup de personnes capables d’écrire un livre. Tu devrais être déjà fière de ça. Et tant pis s’il ne plaît pas, ce qui compte c’est ton avis à toi.

Le pire, c’est qu’il avait raison. Ce n’était pas rien, c’était la réalisation d’un projet important, d’une passion. J’avais envie d’écrire un livre depuis des années, et j’avais enfin été inspirée. Ce livre était pour moi et fait de moi, et les meilleurs critiques que je pouvais avoir, ma famille et mes amis, avaient adoré. Ce n’est pas le New York Times qui allait me faire tomber. C’est ainsi que, pleine de bonne volonté et prête à tout affronter telle une guerrière sanguinaire les terribles contrées de ce journal, je me retrouvai nez à nez avec une critique absolument géniale :


DANS LES COULISSES DE NEW YORK, AVEC LOLA SANE.

Avec son livre « Coulisses », Lola Sane nous embarque dans les dessous de la haute société new-yorkaise et de ses mondanités, à travers la vision d’Emma Monait, une journaliste pas comme les autres.

Emma est chroniqueuse mondaine pour un célèbre magazine, Vanity Fair. Son job : s’incruster au cœur de toutes les soirées prestigieuses et privées  et côtoyer l’élite afin de raconter la face cachée de ces nuits privées.  A travers ses rencontres, de stars de la musique à de grands auteurs classiques, en passant par des stars de cinéma et des créatrices de mode, elle va découvrir des secrets croustillants et vivre des nuits époustouflantes et indécentes.

Lola Sane, à travers le personnage d’Emma, inspiré d’elle-même, mêle fiction et réalité et lève le voile sur les nuits new-yorkaises et son gratin qu’elle a pu approcher de près, analyser et parfois imaginer leurs vies privées. Entre luxe et débauche, décence et indécence, mensonges et vérités, scandales et banal, Lola Sane manie les mots comme s’ils étaient des notes de musique et qu’elle voulait en faire une mélodie, arborant un style d’écriture parsemé de rimes subtiles et piquantes, s’attardant sur des descriptions précises et gracieuses, accordant son rythme aux anecdotes et aux humeurs.

Pour un premier livre, Lola Sane a su nous toucher, nous amuser, nous choquer, nous exciter et pour tout dire, nous charmer.


La journée qui suivit fut de pire folie. Premièrement, je vivais sur un petit nuage. Euphorique, je me sentais invincible et j’avais l’impression que rien ne pouvait m’arrêter, pas même le métro et ses détraqués. Deuxièmement, je croulais sous les demandes d’interviews. Pour des TV shows, des magazines, des journaux ou encore des radios. A vrai dire, la seule interview que j’avais envie de donner, c’était à ma mère, que je voyais d’ailleurs ce soir par ordinateurs interconnectés. J’avais hâte de lui en parler. Elle avait aimé, ou du moins m’avait fait croire qu’elle avait aimé, car je savais que ce genre de livre n’était pas vraiment sa tasse de thé, qu’elle était plus science-fiction et fantaisie que littérature à sensation. Mais elle avait quand même dit qu’elle aimait mon style et que j’étais douée, et c’est ce qui comptait le plus. Non, ce que je voulais surtout, c’était simplement lui parler. Lui raconter, ma vie de rêve, mon livre, mes amours, New York, l’effervescence, et encore mes amours.

Je vivais la vie dont j’avais toujours rêvé. J’habitais la ville qui ne dort jamais et d’ailleurs je ne dormais presque plus, passant mes journées à écrire et mes soirées à m’inspirer. Je dis ça car je suis chroniqueuse mondaine pour le magazine Vanity Fair. Mon travail consiste à papillonner de soirées en soirées, d’assister à toutes les expositions, tous les spectacles, tous les concerts et mondanités. J’aime à dire que je suis payée à m’amuser et à me cultiver. Je m’improvise critique d’art, de théâtre, de cinéma et de divertissements mondains. Je suis donc de toutes les soirées, et c’est d’ailleurs de là que m’est venue l’idée de mon livre. Car de ces soirées, vous n’imaginez pas tout ce qu’il y a à raconter. En côtoyant la haute société, il faut s’attendre à toutes les possibilités. Lors de ces cocktails party, j’ai comme passe-temps favori de m’asseoir au comptoir et d’observer toutes ces célébrités, en sirotant mon martini et en imaginant leur vie. Je m’amuse également à butiner de conversations en conversations, cherchant l’anecdote croustillante, la vérité embarrassante ou la brève de vie évidente. En résumé, je passe donc mon temps à boire et à converser. Drôle de métier ! La nuit je butine, le jour je m’exprime ! Et puis, pouvoir assister à toutes les sorties culturelles possibles sans rien payer, c’est plutôt sympathique et pratique, et il y en a un qui est plutôt content de pouvoir en profiter, même plusieurs…

Donc, un job de rêve, un homme de rêve, un loft de rêve, une ville de rêve. Il est 20 heures quand je rentre chez moi et je pense justement à tout ça, tout ce bonheur, c’est indécent, c’est presque trop abracadabrant. L’Homme est encore là, il a préparé à manger, mon plat préféré, des lasagnes à la bolognaise, à l’aise. Quelques verres de vin, quelques baisers divins, des caresses mal placées et aussi des idées, et puis on finit vite sous la couette à batifoler. Il est beau mon Apollon, je ne l’échangerai pas pour des millions.

Après ça, je décide de me faire couler un bain. Les bougies s’allument au contact de mes allumettes, j’enclenche la musique et prends mon verre de vin, un vrai cliché hollywoodien. Ça ne vous dit rien ? Je laisse tomber le haut, le bas, les sous-vêtements et mon cerveau, il est temps de se détendre, il est temps d’entrer dans ce bain bouillant. Ça ne vous dit toujours rien ?

Dimanche, 19h30.

Je me réveille alors doucement dans mon bain plus trop moussant, encore un peu perdue dans mes pensées, déconnectée de la réalité. Je rêve, je rêve, encore et toujours, je passe mon temps à imaginer une autre vie, plus surprenante, plus virevoltante, alléchante, bouleversante, captivante, enivrante, étourdissante, fascinante, grisonnante, vivante et autres rimes en « ante ». Et si j’arrêtais tout simplement de rêver pour commencer à vivre ? Je crois qu’il est temps de se lancer et de s’aventurer, d’oser et d’abuser, de m’éclater à en crever.

Priscilla.

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