Les mots qu’on ne me dit pas

Lesmots

 

Les parents de Véronique Poulain sont malentendants alors qu’elle entend. En famille, elle vit dans un monde de silence imposé depuis sa naissance pas encore accepté par la société. Très jeune, elle devient donc bilingue : le français en société, la langue des signes avec ses parents handicapés. Les mots qu’on ne me dit pas est un récit autobiographique où, avec humour, elle nous raconte son vécu face à ses parents sourds : le quotidien, les sorties, le sexe, les amis, les vacances, les projets, sa double vie, ses détours. Elle nous fait part de sa colère envers ceux qui ne comprennent, de sa honte et de sa gêne, de ses difficultés à communiquer, en particulier à l’adolescence, lorsqu’elle perd patience. Mais elle nous fait part aussi de ses excitations, de ses exaltations, de ses stupéfactions et de son admiration. Et surtout, de sa fierté.

Dans Les mots qu’on ne me dit pas , Véronique Poulain confronte deux mondes aux antipodes, deux cultures, deux langages. Le silence et le bruit. Elle a d’ailleurs parfois du mal à s’adapter et rêve de silence quand il y a trop de bruit, de bruit quand il y a trop de silence. Elle est à la fois fière de ses parents, mais rêve d’instants propres aux entendants : «  S’ils n’étaient pas sourds, nous aurions de grandes discussions sur le monde, la politique, l’éthique, Nietzsche, Tolstoï ou Dostoïevski, Mozart ou Bach… Je voudrais leur raconter mes petites peines. Je voudrais qu’ils me conseillent ou m’orientent. Je voudrais pouvoir téléphoner, comme ça, vite fait, à ma mère… »

Les mots qu’on ne me dit pas est un livre qui se dévore en une soirée, qu’une fois commencé, vous ne pouvez plus lâcher. Il est façonné comme un journal intime de ses pensées, de ses 3 ans à son deuxième enfant, déballant une suite d’anecdotes à la fois amusantes, bienveillantes, étonnantes et déchirantes, mais surtout amusantes. On y ressent l’évolution de sa mentalité, d’abord à travers l’écriture et la pensée, enfantine au début, puis de plus en plus mature au fil des années. Puis à travers des réactions et des sentiments suivant eux aussi le cours de la vie. L’écriture est directe, rapide et efficace, probable reflet de sa difficulté à communiquer avec ses parents, où elle devait tout abrégé, tout simplifié. Car dans la langue de ses parents, comme elle le dit dans le livre, il n’y a « pas de métaphores, pas d’articles, pas de conjugaisons, peu d’adverbes, pas de proverbes, maximes, dictons. Pas de jeux de mots. Pas d’implicite. Pas de sous-entendus ». Dans ces petites 140 pages, Véronique Poulain nous en dit finalement beaucoup, mais avec peu de mots.

Les mots qu’on ne me dit pas est un véritable hommage. A sa famille d’abord, mais aussi à tous les sourds, nés ou devenus. Ceux qui n’ont pas le plaisir d’avoir accès à la musique et à la mélodie de la vie comme « la voix des gens, le bruit du vent dans les feuilles, la pluie sur les carreaux et tous les sons en général ». Une ode à cet handicap lourd à porter et à supporter, un lever de rideau sur le monde des sourds, inconnu pour certains, un peu connu pour moi.

Priscilla.

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