En mai, fais ce qu’il te plaît : Réaliste, juste et surprenant

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Après la trêve franco-allemande dans Joyeux Noël, Christian Carion raconte l’exode français durant la Seconde Guerre mondiale dans En mai, fais ce qu’il te plaît, avec Alice Isaaz et Olivier Gourmet. Réaliste, émouvant, découvrez ma critique.

On nous raconte les bombardements, on nous raconte les tranchées, on nous raconte les camps de concentration, mais qu’en est-il de l’exode ? En 1940, plus d’un quart de la population française a dû partir sur les routes pour fuir l’envahisseur allemand. Mais entre les longues marches sans fins et épuisantes, la famine, le désespoir et les attaques d’avions allemands, ça n’avait rien d’une partie de plaisir. Un sujet trop peu traité, que ce soit dans les salles de cours ou dans le monde du cinéma. Et pourtant, il est tout aussi important, surtout en ce moment, alors que des hordes d’étrangers fuient leur pays en guerre pour être en sécurité. Le film En mai, fais ce qu’il te plaît, de Christian Carion (Joyeux Noël), tombe donc à pic dans le paysage cinématographique français. On y suit les habitants d’un petit village du nord de la France qui partent sur les routes en mai 1940, comme des millions de Français. Avec eux, un enfant allemand, dont le père opposant au régime nazi est emprisonné à Arras pour avoir menti sur sa nationalité. Libéré dans le chaos, il fera tout pour retrouver son fils, accompagné d’un soldat écossais qui cherche à regagner l’Angleterre.

Cette histoire, c’est l’histoire de millions de Français, racontée avec justesse et empreinte de réalisme. Car Christian Carion tire son histoire directement de sa mère, qui avait quatorze ans à l’époque des faits. Elle lui a tout raconté, jusqu’à l’ambiance et à l’atmosphère qui y régnait, et Christian Carion, tout en s’appuyant sur d’autres témoignages, l’a intensément retranscrit à l’écran. À tel point qu’on a l’impression d’être sur ces routes avec eux. Avec Suzanne, l’institutrice jouée par l’excellente Alice Isaaz, qui a à coeur de prendre soin de l’enfant allemand, avec Paul, joué par Olivier Gourmet, le maire du village qui mène sa troupe avec ardeur, ou encore avec Hans, joué par August Diehl, le père prêt à tout pour retrouver son fils. Tous sont attachants, tous sont vrais, tous sont émouvants. Christian Carion arrive même à nous faire prendre en pitié les Allemands, en nous montrant des soldats allemands aussi terrifiés à l’idée d’aller combattre, humains, comme nous. Même si certains, bien sûr, méritent le pire des châtiments, à l’instar de ce réalisateur allemand qui n’hésite pas à sacrifier des innocents pour mentir sur la conquête allemande de la France. Une jolie dénonciation par ailleurs.

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Et ce qui rend l’histoire encore plus vraie, c’est que Christian Carion n’a pas oublié d’y mettre une touche d’humour. Humour cynique, certes, avec beaucoup de dérision, mais c’est ce qui rend la chose plus humaine. Car il en a sûrement fallu à cette époque, pour ne pas perdre espoir dans toute cette sale histoire. Pour avoir le courage d’avancer malgré tout, pour ne pas sombrer. Mention spéciale au personnage de Matthew Rhys (à l’affiche également d’A vif! avec Bradley Cooper), alias Percy, le soldat écossais, qui donne un peu de légèreté à toute la dureté de ce triste épisode de l’histoire. Et au cheval de Paul, le maire du village, appelé Hitler en raison de son sale caractère. Christian Carion a su apporter la légèreté qu’il fallait pour ne pas trop nous plomber, tout en nous laissant tout de même secoués en sortant du ciné. Chacun ses goûts, bien évidemment, et le film ne plaira sûrement pas à tout le monde, mais il est quand même difficile de ne pas en ressortir un minimum touché.

Priscilla BM

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