[Reportage] Press-junkets : Les interviews top-chrono !

four-seasons-beverly-hills-press-junket

On voit partout des interviews. À la radio, à la TV, dans les magazines papiers… Mais savez-vous comment elles sont préparées ? Reportage dans les coulisses des « press-junkets », ces marathons d’entretiens où des centaines de journalistes s’enchaînent.

Il est 10h30, Léa Martin se presse dans le métro. Elle doit être au Royal Monceau (Paris) à 11 heures pétantes. Elle a une interview avec Hugh Jackman et Taron Egerton pour le film Eddie « The Eagle », le biopic sur le premier sauteur à ski britannique des Jeux olympiques. 10h50, elle rentre dans l’hôtel cinq étoiles et file directement dans la suite 305. « Ce qui est pratique, c’est qu’on sait à l’avance dans quelle suite on doit aller, pas besoin de passer par la réception » précise Léa. Les attachées de presse l’attendent déjà derrière un bureau. « Asseyez-vous, mettez-vous à l’aise » lui avisent-elles. Des petits fours et des boissons chaudes et froides sont à sa disposition. « Je ne mange jamais les petits gâteaux, avoue Léa, je suis beaucoup trop stressée ».

À la seconde près

Difficile de ne pas être stressée quand on interviewe des grandes stars comme Hugh Jackman. Mais pour Léa, finalement, ce n’est pas ça qui la rend la plus nerveuse. C’est la contrainte du temps. Les interviews ne durent que quelques minutes seulement et sont chronométrées à la seconde près. « Là, je n’ai que six minutes pour poser toutes mes questions à Hugh Jackman, réponses comprises. C’est hyper stressant, car il faut que tout rentre dans les temps » précise-t-elle. C’est voulu, car bien souvent les réponses ont été formatées à l’avance et chacun a droit plus ou moins aux mêmes phrases banales. Mais parfois, les stars sont plus bavardes que prévu. « Il faut savoir adapter l’interview en fonction des discours plus ou moins longs des acteurs ou des réalisateurs. Parfois, je dois faire le tri entre mes questions pendant l’interview même car ils ont déjà pris trois minutes pour répondre à la première ». Sans compter les imprévus. « Une fois, j’interviewais Omar Sy et Chris Pratt en duo. Et Omar Sy ne voulait pas répondre en anglais. Mais du coup, à chaque fin de réponse, il traduisait ce qu’il avait dit à Chris Pratt. Ça prenait du temps sur mon interview, c’était relou ! » raconte Léa.

On ne peut pas tout avoir

Un temps limité, qui impose donc d’être bien préparé. « En fonction de la durée de l’interview, je décide du nombre de questions. J’en prépare trois qu’il faut absolument poser, et 2-3 autres pour si j’ai encore quelques minutes devant moi » explique Léa. Et ce n’est pas si facile à décider. « Il y a tellement de questions que j’aimerais poser. Mais c’est impossible, en seulement quelques minutes. Choisir les questions les plus pertinentes et celles qui le sont moins n’est pas toujours évident. Pour moi, honnêtement, elles le sont toutes et j’aimerais ne pas avoir à trancher » confie-t-elle. Surtout qu’on ne peut pas toujours tout demander. Les attachés de presse sont parfois tatillons. « On me demande souvent en amont quelles questions je vais poser. Pour vérifier que ça reste dans le cadre du film, pour la promotion, et que ça n’empiète pas non plus sur la vie privée » complète Léa. « Là, je vais leur poser des questions banales et d’autres un peu plus fun, comme le sport pour lequel ils auraient aimé être le premier à participer aux JO. »

La partie visible de l’iceberg

11h16. Léa sort de la chambre d’interview, encore tremblante, mais soulagée. L’adrénaline baisse, son cœur se calme. « Ça s’est bien passé, Hugh Jackman et Taron Egerton étaient vraiment cool. Bon, il y a juste une question que je n’ai pas pu poser, ils étaient plus bavards que prévu ! » commente Léa. Avant d’ajouter : « Ça fait quand même du bien quand c’est fini. Le niveau de stress est quand même élevé » ajoute-t-elle. Et maintenant ? « Maintenant, je vais rentrer à la rédaction pour retranscrire l’interview, la traduire et la mettre en page » conclut-elle. Et voilà la partie visible de l’iceberg.

Publicités