En attendant Bojangles, une folie douce qui envahit le coeur

C’est le phénomène de la rentrée littéraire. En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut, rafle tous les prix : Grand Prix RTL / Lire, Prix Roman France Télévisions, Le Roman des étudiants France Culture / Télérama. Et quand on le lit, on comprend tout de suite pourquoi. 

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Il y a des livres qui vous marquent plus que d’autres. En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut, est de ceux-là. Tel un Boris Vian des temps modernes, il traite la maladie avec légèreté et fantaisie. Sauf qu’ici, le nénuphar qui pousse dans le poumon de Chloé est remplacé par la folie qui envahit peu à peu la tête de la mère du petit narrateur. Elle change de prénom tous les jours, passe ses journées à danser sur Bojangles, de Nina Simone, à boire, à chanter et à organiser des dîners et des soirées. Elle n’aime pas les banalités et préfère quand son fils invente ses journées plutôt que lui raconter la réalité. Elle vit sa vie sans queue ni tête, pour elle, chaque jour est une fête. Et dans ce tourbillon de folie, elle embarque avec elle son mari Georges, tout aussi excentrique, ainsi que leur fils, admiratif de toutes ces excentricités, et Mademoiselle Superfétatoire, une grue de Numidie qui s’est retrouvée là alors qu’elle n’avait rien demandé. Une vie mouvementée, complètement déjantée, racontée par le fils, avec toute sa naïveté. Une véritable poésie. Ou plutôt, une mélodie. Car comme on danse tout au long du livre au rythme de Bojangles, de Nina Simone, on danse aussi avec les tendres réflexions du petit garçon toutes en sonorités bien choisies.

Mais un jour, toute cette fantaisie est rattrapée par la réalité lorsque la mère se met à complètement délirer, manquant même de brûler l’appartement où ils vivent depuis des années. On passe alors de la folie douce à la folie dure. Malgré tout, Olivier Bourdeaut ne tombe pas dans la noirceur. Les carnets du père, qui ne sait visiblement plus quoi faire, sont bouleversants, mais pas pesants. On ressent son impuissance, sa tristesse, mais aussi son amour, assez puissant pour continuer de faire semblant, pour sa femme comme pour son fils encore trop innocent. Alternés avec la perception à la fois naïve mais aussi très sincère du petit garçon, nos émotions dansent au rythme de la valse de Bojangles. Un coup, on sourit, un coup, c’est la mélancolie qui nous envahit, puis la page d’après, on rit. Triste et gai, comme la chanson de Nina Simone, En attendant Bojangles est une sombre douceur qui touche en plein coeur.

Priscilla BM

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